Ruhollah Khomeini
1902 - 1989
Ruhollah Khomeini (1902–1989) était une figure majeure du XXe siècle dont les écrits et l'activité politique ont eu des effets profonds sur le rôle de l'autorité cléricale des Douze Imams dans l'État-nation moderne. Juriste et séminariste formé, Khomeini a développé une théorie de gouvernance connue sous le nom de velāyat‑e faqīh (garde du juriste), soutenant dans des travaux diffusés dans les années 1960 et 1970 que des juristes qualifiés devraient exercer la tutelle sur les affaires publiques en l'absence de l'Imam. Cet argument représentait une application distinctive des ressources juridiques des Douze Imams au problème de la légitimité politique à l'ère moderne.
Le rôle politique de Khomeini est devenu visible à l'international avec la Révolution iranienne de 1979, où il est apparu comme un symbole central et un leader du mouvement qui a renversé la monarchie Pahlavi. La révolution et ses conséquences ont transformé l'ordre politique de l'Iran et ont suscité un débat à travers le monde des Douze Imams sur la relation appropriée entre l'autorité cléricale et les institutions étatiques. Les partisans de la velāyat‑e faqīh interprètent l'approche de Khomeini comme une réalisation des principes imamiques adaptés aux circonstances contemporaines ; les critiques—tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des cercles des Douze Imams—ont remis en question la concentration du pouvoir politique entre les mains des clercs et ont soulevé des préoccupations concernant le pluralisme et les libertés civiles.
En tant que juriste, Khomeini a produit des écrits juridiques et théologiques abordant la gouvernance, le droit et l'éthique ; en tant qu'acteur politique, il a coordonné des réseaux de clercs, d'étudiants et d'activistes mobilisés contre le Shah. Les chercheurs analysant son héritage distinguent ses arguments théologiques des processus politiques contingents qui ont soutenu son ascension. Ils retracent comment sa production intellectuelle s'est appuyée sur des méthodes juridiques classiques des Douze Imams tout en les réinterprétant pour l'art de gouverner moderne.
L'influence de Khomeini a eu des conséquences institutionnelles : elle a encadré les débats sur l'étendue de l'autorité cléricale, inspiré des mouvements politiques dans d'autres pays s'appuyant sur le symbolisme des Douze Imams, et incité à la réflexion parmi les juristes sur la relation entre expertise religieuse et politique élective. En même temps, les réactions au modèle de Khomeini varient largement : certains érudits des Douze Imams soutiennent des formes d'implication cléricale dans la gouvernance qui sont plus circonscrites que celles proposées par Khomeini ; d'autres mettent l'accent sur la participation civique et les contrôles constitutionnels sur le pouvoir clérical.
Les historiens et les chercheurs en études religieuses considèrent Khomeini à la fois comme un innovateur théologique et comme un leader politique dont les idées doivent être situées dans des courants sociaux et historiques plus larges. Sa carrière éclaire une question moderne centrale pour les communautés des Douze Imams : comment concilier la revendication théologique de l'imamat, dont le dernier occupant est caché, avec les exigences pratiques de légitimité, de gouvernance et de représentation populaire dans les États contemporains.
