Abisha (Abisha ben Pinhas)
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Abisha ben Pinhas occupe une place distinctive dans la mémoire communautaire samaritane en tant que figure éponyme associée à une tradition manuscrite que la communauté considère comme une preuve de sa garde ininterrompue du Pentateuque. Dans les récits samaritains, il est décrit comme un membre de la lignée sacerdotale et comme l'auteur, le compilateur ou le préservateur précoce d'un rouleau pentateuque — communément connu dans l'usage samaritain et dans la recherche plus large sous le nom de Rouleau d'Abisha. Au sein de la communauté, ce rouleau est traité comme un objet sacral : un emblème tangible d'antiquité, un objet utilisé dans des contextes liturgiques et un marqueur visible de la revendication selon laquelle la version samaritaine de la Torah descend directement du sacerdoce israélite.
La tradition entourant Abisha fonctionne à plusieurs niveaux. Religieusement et rituellement, le rouleau associé à son nom est intégré dans des lectures périodiques, des occasions cérémonielles et des expositions soigneusement gérées pour les pèlerins et les visiteurs ; les gardiens communautaires — identifiés dans les sources samaritaines comme des gardiens sacerdotaux — sont censés préserver et, lorsque nécessaire, copier le texte afin de maintenir la continuité. Socialement et politiquement, invoquer Abisha et son manuscrit a servi à légitimer l'autorité sacerdotale et à renforcer un récit d'identité religieuse continue dans une petite communauté souvent en conflit. Les adhérents pointent le Rouleau d'Abisha comme un témoignage vivant de l'authenticité et de l'antiquité de leur Torah.
L'engagement académique avec la tradition d'Abisha traite ces revendications et les manuscrits physiques comme des phénomènes distincts mais qui se chevauchent. Les historiens du texte et les codicologues étudient les rouleaux portant le nom d'Abisha comme des témoins de la recension samaritaine du Pentateuque, examinant l'écriture, l'orthographe et les lectures variantes qui éclairent les processus de copie et de transmission textuelle. En même temps, des études paléographiques et de radiocarbone ont conduit de nombreux chercheurs à placer les manuscrits existants associés à Abisha dans la tradition manuscrite médiévale plutôt que dans une ère immédiate post-conquête. De telles découvertes ont encouragé l'analyse de la manière dont la mémoire collective et la valorisation rituelle attachent de l'autorité à des objets particuliers, indépendamment de leurs origines chronologiques précises.
L'héritage d'Abisha ben Pinhas est donc à double tranchant : pour les Samaritains, il reste un ancêtre emblématique invoqué pour étayer les revendications de continuité textuelle ; pour les chercheurs, le Rouleau d'Abisha et les manuscrits connexes sont des témoins matériels importants de l'histoire du texte samaritain et de questions plus larges concernant la production, la transmission et la sacralisation des livres sacrés. Dans divers domaines d'étude, la tradition d'Abisha est citée comme un exemple clair de la manière dont les objets manuscrits acquièrent et soutiennent l'autorité religieuse, comment les petites communautés construisent des récits d'antiquité, et comment la pratique documentaire peut à la fois refléter et façonner l'identité communautaire.
